Informations de la commune d’Assevillers

>> Retour à l'accueil <<

Accueil > Centenaire > Actualité > Centenaire 07/1916

Centenaire 07/1916

jeudi 18 août 2016, par webmestre

L’occupation allemande à Assevillers pendant la première guerre mondiale

Extrait du discours prononcé par le Maire d’Assevillers lors des commémorations de la libération des deux villages de Dompierre et d’Assevillers le 2 juillet 2016

La grande Guerre a fait plusieurs millions de victimes tant à Verdun, au chemin des Dames, en Artois, à Ypres que dans la Somme, où du 1er juillet 1916 à Novembre on a assisté à l’une des batailles les plus meurtrières en France, avec plus d’un 1,2 million de victimes.
Avant le début de la bataille de la Somme, la population des zones occupées par l’envahisseur a aussi beaucoup souffert durant cette période. Une quinzaine de civils y ont laissé leur vie. La libération de notre village par les troupes coloniales, dont nous célébrons aujourd’hui le centenaire, fut une délivrance mais à quel prix. Il faudra aux villageois attendre de longs mois pour rentrer chez eux et découvrir un tas de ruines. *

De la date de la déclaration de la guerre de l’Allemagne à la France le premier août 1914, il ne se passe à peine un mois pour voir les troupes allemandes fouler notre sol picard. Dès le 26 août, les habitants du village voient passer des réfugiés du Nord qui n’annoncent pas de bonnes nouvelles. Le lendemain, de fortes colonnes d’infanterie allemande venant de Combles traversent le village pour rejoindre Chaulnes. Ce défilé des soldats se prolonge durant 4 jours. Les Allemands constituent des renforts pour la bataille de Proyart. Certains habitants avaient fui leur village à l’approche de l’ennemi mais la grande majorité s’était résignée à rester sur place plutôt que d’aller à l’aventure sur les routes. Le passage des troupes se fait dans l’ordre et la discipline. Il n’en est pas de même dans les fermes et les habitations momentanément abandonnées. Des bandes de pillards, vite renseignés, font main basse sur tout ce qu’ils peuvent emporter. C’est le cas notamment de la maison d’Ernest Boinet, maire d’Assevillers et conseiller général.

Chacun reprend tant bien que mal ses habitudes en terminant les travaux de la moisson.

Le 14 septembre, les Allemands ayant perdu la bataille de la Marne, se replient vers le Nord. le canon tonne de nouveau dans la direction de Chaulnes et le soir, les habitants voient apparaître un détachement d’un régiment français de cuirassiers et une batterie d’artillerie. Les soldats informent la population que nous sommes victorieux et que nos troupes poursuivent l’ennemi en retraite vers la Belgique. C’est la liesse dans les 2 villages. Ce sera de courte durée. Les habitants étant partis reviennent dans leur commune.

Le 23 septembre, on entend de nouveau gronder le canon vers Péronne. Un escadron de hussards réquisitionne du fourrage chez M. Etévé. Mais vers 3 heures du matin, au lieu de cavaliers français, une patrouille de uhlans allemands traverse le village pour se diriger vers Dompierre. L’espoir de la fin de la guerre s’amenuise. Le soir du 24 septembre à Assevillers, une vague de troupes allemandes de toutes armes submerge le village et y installe ses cantonnements. Toutes les fermes et granges sont accaparées pour les hommes et les chevaux. Tandis que les femmes sont tenus de donner à boire et à manger aux intrus, tous les hommes sont rassemblés et enfermés dans la Mairie - école. Les officiers d’un régiment installent leur popote chez M. Etévé tandis que l’état-major remplit la maison du maire, Ernest Boinet. Ce dernier est considéré comme otage. Il est suspecté de renseigner les Français, d’autant plus qu’il était un des rares à disposer d’un téléphone pour communiquer avec sa sucrerie de Génermont et sa ferme de Berny. M. le Maire est encore plus maltraité que ses administrés.

La commune est accablée de réquisitions et doit payer une contribution de guerre réduite, malgré les menaces à 3 000 francs. L’attitude ferme d’Ernest Boinet exaspère certains chefs allemands et en particulier le colonel Von Rucker qui s’acharne sur le maire considéré comme un prisonnier, privé de confort et n’ayant rien à manger alors que ses hôtes allemands vide sa cave et son poulailler.

Pendant ce temps, la bataille continue sur le front Dompierre/Fay/Chaulnes. Dix-huit canons tirent depuis les arrières de Dompierre et Becquincourt, obligeant les habitants à se terrer dans leur cave, et ceci 5 jours durant. Le 30 septembre, les bombardements reprennent, mais cette fois, ce sont les Français qui tirent sur les 2 villages. Le 10 octobre, tous les hommes d’Assevillers sont rassemblés et 20 d’entre eux sont désignés au hasard comme otages, envoyés dans un premier temps à Péronne pour être internés, pour les moins de 50 ans, comme prisonniers civils en Allemagne.

Les 30/31 octobre, à la suite d’une lutte terrible entre les forces françaises et allemandes, Dompierre et Becquincourt se retrouvent sur la première ligne du front allemand, tandis que la sucrerie reste sous domination française. La vie n’étant plus possible pour les civils. Sur un ordre allemand, les derniers habitants de Dompierre-Becquincourt sont évacués le 9 novembre avec peu d’alimentation à l’arrière sur Péronne. Une dizaine d’entre eux mourront de privation en route ou peu après, à Péronne.
Le lendemain 1er novembre, un soldat allemand est tué par une balle perdue à Assevillers. Cet accident fournit aux Allemands le prétexte qu’ils attendaient, pour se venger de ce crime et semer la terreur dans le village. Tous les habitants, hommes, femmes, enfants et vieillards sont rassemblés sur la place du village. Les hommes sont de nouveau enfermés dans la mairie tandis que les femmes et leurs enfants sont parqués dans une ferme sans nourriture. Pendant ce temps, le village est livré aux soldats et pillé méthodiquement. Une forte rançon est exigée de la commune. Le maire est retenu comme otage et exhibé comme un condamné à mort dans les rues du village. Il se résigne à payer une indemnité de 2 500 francs. Les femmes sont relâchées.

A la fin de l’année 1914, les habitants de la commune vont connaître un peu de répit. Le colonel Von Rucker est remplacé par le colonel Bramm qui montre un peu plus d’humanité envers la population. Logeant également chez Ernest Boinet, il se rend compte que le maire conseiller général du canton de Chaulnes, a été décoré des insignes de la légion d’honneur. Il le complimente et lui serre la main. Ce n’est pas pour autant que l’ordinaire s’améliore. Deux fermes sont incendiés par négligence par des soldats allemands. Ces derniers ont une hantise de l’espionnage et perquisitionnent chez les habitants tout ce qui pourrait leur servir à renseigner les soldats français. La méfiance va jusqu’à condamner à mort tous les pigeons et à obliger les habitants à enlever dans leurs greniers tous les fils de fer utilisés pour faire sécher le linge, mais supposés être, pour les Allemands, des lignes télégraphiques ou téléphoniques !

Le premier janvier 1915, le Colonel Bramm permet aux hommes de revenir coucher dans leur lit. A partir de cette date, les Allemands vont essayer de conquérir l’amitié de la population. Ce retournement de situation est à mettre en liaison avec l’arrivée du général Jehlin qui se montre plein de mansuétudes envers la population civile. Logeant chez le Maire, il entretient les meilleurs rapports avec Ernest Boinet qui redevient très utile pour ses administrés. Ces derniers peuvent obtenir des laissez-passer pour se ravitailler en alimentation à Péronne. Par contre, les Allemands rappellent à la population qu’ils doivent travailler pour eux : les récoltes sont expédiés en Allemagne.

Vers le milieu de mars 1915, la Commandanture fait savoir aux habitants que les bouches inutiles et inoffensives vont être envoyées du côté français, mais en passant par la Suisse. Face à la méfiance de la population persuadée qu’ils vont être déportés, le maire obtient audience auprès du général commandant le territoire à Biaches qui le rassure et lui propose de faire partie du convoi qui se met en route le 25 avril pour la Suisse.

Théodule Magnier, adjoint, devient maire par intérim et se préoccupe de ses administrés. Il reste 140 habitants (sur les 389 que comptait le village avant la guerre). Les Allemands ayant tout pris, ce sont les soldats qui fournissent aux civils une légère rétribution et une partie du ravitaillement, en échange de leur travail. Les Allemands font pression auprès de Monsieur Belvalette, fermier de Monsieur Boinet pour qu’il dévoile l’endroit où son propriétaire aurait caché son argent et ses objets précieux, mais en vain. La vie continue dans le village. Le secrétaire de mairie, M. Grimaux en plus de la paperasserie engendrée pour le ravitaillement, réorganise avec son épouse l’école. Celle-ci étant occupée par les Allemands, ils installe une école provisoire chez M. Mépuis puis dans la cave du débit Gay-Spire. La classe se poursuit jusqu’en 1916, date à laquelle les Allemands exigent maintenant le travail des enfants âgés de moins de 11 ans.

Pour les offices religieux, le curé de la paroisse ayant été mobilisé, c’est un aumônier allemand venant de Péronne qui assure les offices. Pour maintenir la propreté du village, les Allemands obligent les habitants à une journée de corvée par semaine. C’est ainsi qu’au cours d’un nettoyage plus approfondi, sont découverts dans un hangar des armes ayant appartenu à M. Lefevre. Celui-ci est arrêté, jugé en conseil de guerre et exilé près d’Aix la Chapelle jusqu’à l’armistice. Sa femme est contrainte de payer une rançon.

Les bombardements sont fréquents et le danger continuel. En conservant des civils près des lignes, les Allemands savent très bien que l’artillerie française s’efforcerait de ne pas trop tirer sur le village. Ces bombardements n’empêchaient pas les enfants de garder les vaches ou de s’amuser dans les tranchées, tout en coupant les fils téléphoniques, en prétextant que c’étaient les sabots des vaches qui avaient saboté leurs lignes, car on ne pouvait pas mettre les vaches en prison !

A partir du printemps 1916, les bombardements s’amplifient. La population est obligée de se protéger dans les caves. Deux civils sont malheureusement tués par des obus. Voyant que la présence de civils n’empêche pas l’artillerie française de bombarder le village, la Commandanture allemande donne l’ordre le 9 juin d’évacuer la moitié de la population restante sur Cartigny et Buire Courcelle.

Le 24 juin commence le grand bombardement, prélude à l’offensive franco-allemande sur la Somme. Il devient impossible de sortir des caves. Les bâtiments et maisons encore debout s’effondrent, tout comme le clocher de l’église. Dans la nuit du 26 juin, vers 2 heures du matin, les Allemands donnent l’ordre au reste de la population de quitter le village. Les gens partent vers Bouvincourt, avant de gagner Roisel puis différentes communes du Nord de la France. D’assevillers, il ne reste rien.

C’est le début de la bataille de la Somme. Dompierre est libéré dès le premier jour de l’attaque, Assevillers est repris le 3 juillet par les troupes sénégalaises. Fin 1916, les Britanniques remplacent les Français dans cette zone du front.

Le 21 mars 1918, un million de soldats allemands rassemblés derrière la ligne Hindenbourg se lancent en direction d’Amiens. Le Santerre est de nouveau sous les bombes et Assevillers repasse sous le contrôle allemand. Le 8 août, les alliés lancent une contre-offensive à la hauteur de Villers-Bretonneux qui marque le début de la défaite allemande. Tous les villages du Santerre sont repris progressivement. Assevillers est libéré le 28 août par les troupes australiennes.

Le village a subi des dommages considérables. Les survivants attachés à leurs racines retroussent les manches et reconstruisent leurs maisons et les édifices publics, grâce aux dommages de guerre et à l’aide financière provenant des régions voisines. Assevillers a pour marraine la commune de Nonancourt dans l’Eure.

Avant de laisser la parole à Lucien Périn, Président de des anciens combattants de la section Dompierre-Assevillers qui va retracer les grands moments de cette bataille qui contribuera, du moins provisoirement, à la libération de nos villages, je voudrais saluer le courage des combattants des colonies qui se sont mis au service de la France pour que nous puissions retrouver la liberté.

Je rends également hommage à tous ces volontaires d’origine britannique qui ont fait preuve d’une grande solidarité envers le peuple français et ont terriblement souffert dans les tranchées de la Somme et, pour la plupart, laissé leur vie sur notre sol. Nous en sommes très reconnaissants. Mais comment ne pas faire un parallèle avec le résultat du référendum où une majorité de Britanniques a demandé à sortir de l’Union européenne. Malgré toutes les imperfections et dysfonctionnements de l’Europe, un des mérites de la construction européenne a été d’éviter un nouveau conflit entre nos deux nations voisines que sont l’Allemagne et la France. Il faut s’en souvenir. En ignorant le passé, on est condamné à le subir.

Merci de votre attention.

*Nous disposons de plusieurs sources d’information de l’époque, dont notamment une monographie de l’abbé Charles Calippe « la Somme sous l’occupation allemande » ainsi que des fascicules de Henry Douchet, chroniqueur au « Courrier de Péronne », plus connu sous le pseudonyme de Fasol ; Ces deux ouvrages ayant, par ailleurs aidé Francine François à rédiger son livre, que vous connaissez certainement tous : « 1914/1924, 26 communes dans la tourmente. »